Paul Anrieu nous a quitté

C’est avec tristesse que nous venons d’apprendre la disparition de Paul Anrieu, comédien, auteur, metteur en scène et pédagogue. Il fait partie de celles et ceux qui ont rêvé et concrétisé le projet de ce qui allait devenir l’INSAS. A l’image de son travail, l’enseignement du théâtre qu’il y mit en oeuvre pendant de nombreuses années reposait dès le départ sur un double cursus, ouvert à celles et ceux dont le chemin vers la scène passait par l’interprétation mais aussi par l’écriture, la mise en scène et ce qui s’appelait alors « animation culturelle ». Il est difficile aujourd’hui de mesurer l’originalité de la pensée sur lequel il reposait : un encadrement permanent des élèves, une pédagogie du projet, la nécessité d’un travail technique vocal et corporel intense, l’ouverture aux écritures contemporaines, à la dramaturgie et à la formation de l’esprit.

Ces principes aujourd’hui paraissent évident: il furent pourtant accueilli par un scepticisme voire une hostilité déclarée.

Son esprit curieux emmenait les étudiants sur des chemins parfois déconcertants, parfois visionnaires, mais jamais sans intérêt. Derrière la vigueur parfois caustique de ses critiques, il ne fallait parfois longtemps pour découvrir son intérêt profond pour la personne qu’il avait en face de lui et la haute idée qu’il avait de la tolérance, même lorsque les certitudes farouches de ses étudiants s’exprimaient sans nuances . Il ne transmettait pas de réponses, de recettes, de savoir-faire, mais des questions et des doutes féconds. Ils sont toujours au coeur du projet pédagogique de l’INSAS. Les réponses qu’y apportent celles et ceux qui aujourd’hui le mette en oeuvre leur appartienne, mais elles continuent d’y agir avec force.
Il le savait, et suivait de loin en loin avec bienveillance nos tentatives de réponses, heureux de voir se construire et se reconstruire encore et toujours l’école dont il avait contribué à poser les fondations.

Jamais il ne s’est posé en « maître », préférant le débat vigoureux mais collégial au formatage d’épigones ou d’imitateurs, dans le respect de la singularité et de la différence de ses étudiants.
Cette conviction est restée elle aussi puissamment inscrite dans les gènes de l’école.

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